CHRONIQUES

Chroniques d’un chanteur désarmé

Chaque mois, Tony Melvil nous raconte son rapport au monde.
Des histoires du quotidien, des situations face auxquelles il se sent désarmé…

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#54 – avril 2017 - PLANCHE À BILLETS
une petite fille : Tony, pourquoi elles sont tristes tes chansons ?
moi : Parce que le monde qui m’entoure est triste et que c’est la meilleure manière que j’ai de m’en protéger.
la petite fille : Pourquoi t’essaies pas plutôt de rendre le monde meilleur ?
moi : Parce que le monde me fait peur, la misère me fait peur. Je préfère jouer mes chansons devant un public de privilégiés, conscient de ses avantages, des gens comme moi.
elle : Tu as peur des pauvres ?
moi : Oui…
elle : Tony, pourquoi on n’imprimerait pas plein de billets pour les donner aux pauvres, comme ça il n’y aurait plus de pauvres et tu n’aurais plus peur ?
moi : J’y ai déjà pensé, mais ça créerait de l’inflation, du coup le pouvoir d’achat des ménages serait en chute libre ce qui entraînerait une paupérisation des classes moyennes qui sont le moteur de nos économies occidentales.
elle : C’est déprimant.
moi : Quand je déprime, je pense toujours à ceux qui ont moins que moi et je me dis que je n’ai pas le droit de me plaindre. Et ça repart  !
elle : C’est donc à ça que servent les pauvres  ?

 

#53 – mars 2017 - NATIONALITÉ
Au guichet
- Bonjour, je viens pour acheter une nationalité.
- Quel budget ?
- Je sais pas. Vous me proposez quoi ?
- On a de tout. De l’entrée de gamme type Bangladesh jusqu’aux produits de luxe : Suisse, Luxembourg, Monaco…
- J’ai peur que ça fasse trop cher.
- En ce moment, on a de bons rapports qualité-prix sur de la russe, de la marocaine ou de la colombienne.
- Pas mal.
- On fait aussi du détaxé, je viens de rentrer de la « réfugié palestinien au Liban », ça ne coûte presque rien.
- Je veux du solide.
- Je peux vous faire un bon prix sur de l’asiatique…
- Non plus. Sur de la française, vous pouvez faire un geste ?
- Non, c’est la fin du stock. C’est un produit qui est épuisé et a priori il n’y aura plus de réassort.
- Pourtant je vois des drapeaux partout ?
- Mais, Monsieur, une nationalité, c’est bien plus que ça ! Une nationalité, c’est avant tout des valeurs. Et ça, on ne sait plus comment en fabriquer.

 

#52 – février 2017 - VENTE FORCÉE
la coiffeuse : Vous avez quand même beaucoup de pellicules, vous utilisez quoi comme shampoing ?
moi : Déjà la dernière fois, vous m’avez fait le coup et vous avez fini par me vendre un de vos produits. J’utilise donc votre shampoing. Là, en vitrine, le flacon orange.
la coiffeuse : Tiens, c’est étonnant, parce que d’habitude il marche bien ce shampoing ! Est-ce que vous rincez bien ?
moi : Oui…
elle : Ou alors c’est le stress. Vous êtes stressé ?
moi : Bien sûr que je suis stressé. Franchement, dans le monde dans lequel nous vivons, quelqu’un vous a-t-il déjà répondu non je ne suis pas stressé ?
elle : C’est bien ce que je pensais. Vous voyez, vous vous énervez, vous êtes stressé.
moi : Je ne m’énerve pas. C’est vous qui me stressez. Coupez-moi les cheveux et laissez tranquille mes pellicules.
elle : Ce qu’il vous faudrait c’est un bon massage crânien !
moi : Me touchez pas sinon je vous fais bouffer vos ciseaux.
elle : Vous voyez, votre réaction est typique de quelqu’un qui a des pellicules. Estimez-vous heureux de ne pas être déjà à moitié chauve.
moi : Je capitule, vous le vendez combien votre shampoing ?
elle : Je peux vous faire un prix si vous me prenez aussi une cire déstructurante.
moi : J’ai l’air déstructuré ?
elle : Non, justement.
moi : Je ne comprends pas le progrès.
elle : Vous réfléchissez trop, ça asphyxie votre cuir chevelu.
moi : Vous avez toujours réponse à tout ?
elle : Vous en avez, vous, des questions…
moi : N’est-ce pas là l’utilité d’un artiste, de poser des questions ?
elle : Vous êtes artiste ? Vous devriez faire plus attention à votre look, vous ne deviendrez jamais une vedette avec une coupe comme la vôtre.
moi : Vous pensez que je devrais changer de coiffeuse ?
elle : Vous devriez lui faire confiance et la laisser faire son travail.
moi : Vous me proposeriez quoi ?
elle : En tant que visagiste, je conseillerais une coupe asymétrique. En tant que coiffeuse, je proposerais le côté droit rasé à blanc et une longue mèche rabattue en arrière avec un effet plaqué-mouillé. En tant que femme, je verrais bien un rasage de prêt, en laissant par exemple un léger bouc.
moi : ça va pas faire footballeur ?
elle : ça va faire vedette !
moi : Mais je m’en branle d’être une vedette. Seule l’oeuvre compte.
elle : Votre côté dixneuvièmiste me fatigue.
moi : Je sais. Malgré la quête d’absolu, le regard de l’autre me transperce.
elle : Vous savez, ce qui ne fait pas le moine, dans l’habit, ne vous rendra pas vos cheveux.

 

#51 – janvier 2017 - INDIANA JONES
Au wagon-restaurant, juste avant l’arrêt Marne-la-Vallée – Chessy.
Moi : Bonjour, je voudrais un menu gourmand avec des macaronis, le cake et une eau gazeuse.
Elle : Ils sont fous les gens d’aller à Disneyland par un temps pareil franchement vous vous voyez faire Indiana Jones avec les pieds dans l’eau de toute manière il n’y a rien qui marche dans cette voiture la cafetière est en panne le micro-ondes est HS et j’ai les pieds dans l’eau…
Moi : Et je prendrais aussi un thé.
Elle : … ça doit être le frigo qui fuit en plus les gens se plaignent d’avoir froid dans les voitures c’est toujours pareil si on met du chaud ils se plaignent aussi franchement Mickey sous la pluie je comprends pas…
Moi : Je vais vous régler par carte bleue.
Elle : … même pour faire rêver un enfant dehors toute la journée non merci par contre la machine à carte ne marche pas non plus vous avez un autre moyen de paiement chèque espèces ticket-restaurants et regardez-moi cette flotte à mes pieds je vais finir par attraper un rhume…
Moi : Par chèque.
Elle : … et puis mes chaussures vont être foutues 17 euros monsieur merci suivant c’est à qui ?
Le suivant : Bonjour, un wrap crabe et une 1664 s’il vous plaît.
Elle : Ils sont fous les gens d’aller à Disneyland par un temps pareil franchement vous vous voyez faire Indiana Jones avec les pieds dans l’eau de toute manière il n’y a rien qui marche dans cette voiture la cafetière est en panne le micro-ondes est HS et j’ai les pieds dans l’eau…

 

#50 – décembre 2016 - FRAUDE FISCALE
Un sondage à la radio : les français sont scandalisés par la fraude fiscale des plus riches. Paradoxalement, la majorité des plus pauvres avoue que s’ils étaient riches, ils auraient sans doute recours à la minimisation fiscale. Doit-on en conclure que la meilleure manière de tester la cohérence entre ses valeurs et ses actes est de devenir riche ?

 

#49 – novembre 2016 - ROND-POINT
Le maire : C’est avec beaucoup d’émotions, mesdames et messieurs que j’ai l’honneur, en ce 6 novembre 2046 d’inaugurer le Rond-Point Tony Melvil, qui permettra aux habitants de Pithiviers une meilleure desserte de la D2152 en direction de Coudray. Avant de laisser la parole à l’artiste qui a gentiment accepté de prêter son patronyme à ce nouvel équipement, je tenais spécialement à remercier monsieur le Préfet pour son sens de la diplomatie dans la controverse liée à la décoration de ce rond-point, controverse qui a permis de trouver un juste équilibre entre ambition esthétique, respect de notre patrimoine et sécurité routière. M. Melvil, vous avez la parole…
Moi : Dans une carrière d’artiste, dans une trajectoire d’homme, il y a des moments qui marquent, des instants qui délimitent un avant et un après. Ici, à Pithiviers, j’ai l’honneur de laisser mon empreinte dans la pierre, et aussi petite, aussi modeste soit elle, l’immortalité me tend les bras…
Je crie dans mon sommeil, ça réveille ma femme, elle prend peur :
Elle : Qu’est-ce qu’il y a, ça va pas ?
Moi : J’ai fait un cauchemar. Je rêvais que je devenais débile en vieillissant.
Elle : Rendors-toi, lève-toi tôt demain et écris-nous un truc qui marche. Comme ça quand tu seras vieux et que ça ne tournera plus bien dans ta tête, tu pourras toujours te payer des rond-points à ton nom.

 

#48 – août 2016 - CADDIE
Samedi-vers onze heures du matin, au supermarché du coin, l’affluence est maximale. Soudain, au rayon fruits et légumes, alors que la concentration de caddies atteint son paroxysme, je ressens une vive douleur dans le petit orteil gauche.
Moi : Aïe, putain, mais vous pouvez pas faire attention, madame ? Vous venez de m’écraser le pied avec votre caddie.
La vieille : Mais quelle idée aussi d’aller au supermarché en sandales !
Moi : Madame, il fait trente cinq degrés dehors, vous voulez que je vienne faire mes courses en chaussures de sécurité ?
La vieille : Calmez-vous, monsieur, je ne l’ai pas fait exprès.
Moi : Pas fait exprès, pas fait exprès, dites ça à mon petit orteil, il est en sang !
La vieille : Restez poli, monsieur.
Moi : Vous venez de me retourner l’ongle, j’ai le droit de vous crier dessus.
La vieille : Faites attention à vous, jeune homme, mon neveu est préfet.
Moi : Et il roule en caddie sur les gens, votre neveu ?
La veille : Vous savez, mon neveu ne va jamais faire ses courses, il a des gens pour ça. C’est comme les chanteurs à succès, on ne les voit jamais dans les supermarchés !
Moi : Vous savez, la notion de succès reste très vague…
La vieille : Surtout pour ceux qui n’en ont pas.
Moi : Vous me provoquez, madame. Je suis à deux doigts de vous écraser le pied à mon tour. Et sachez que je ne m’arrêterai pas au premier orteil.
La vieille : « Ecraser l’innocent qui résiste, c’est un moyen que les tyrans emploient pour se faire place en maintes circonstances. », c’est de Goethe.
Moi : « On n’avoue rien si l’on est innocent. Les mots sont vains, les mystères indulgents. », Jean-Jacques Goldman.
La vieille : Mais cette phrase ne veut rien dire !
Moi : C’est vrai, mais elle a le mérite de permettre à son auteur de ne plus jamais aller au supermarché.

 

#47 – juillet 2016 - VINAIGRE
Dans un supermarché, au rayon produits ménagers.
moi : Bonjour monsieur, je cherche une tapette à mouches.
le vendeur : Une tapette à mouches ? C’est pas chez moi ça. Vous êtes allé voir au rayon animaux ?
moi : Je viens de passer devant et j’y ai vu un grand panneau fluo « NOS AMIS LES ANIMAUX ». Franchement, si vous y vendez de quoi tuer vos amis, je n’ai rien à faire dans votre magasin, monsieur.
le vendeur : Oui, vu comme ça… Et au rayon jardinage, vous avez regardé ?
moi : Voyons, ça ne serait pas logique ! Au jardinage, vous vendez des produits pour le jardin, non ? Les mouches qui sont dans le jardin ne me dérangent pas, ce sont les mouches qui sont dans la maison que je tue !
le vendeur : Alors, allez voir au rayon « TOUT POUR LA MAISON » .
moi : Ah ça non ! La dernière fois, j’y ai cherché des crochets à torchons et vous n’en aviez pas.
le vendeur : Et aux surgelés ?
moi : Aux surgelés ?
Le vendeur : Ben oui, une tapette à mouches, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, alors essayez sous un congélateur…
moi : Vous vous foutez de ma gueule ?
le vendeur : Je passe le temps.
moi : Et bien moi, mon temps, je vais aller le passer ailleurs. Vous expliquerez ça à votre patron.
le vendeur : Mon patron vous méprise. Comme tous ses clients d’ailleurs.
moi : Vous lui direz que son mépris me laisse indifférent.
le vendeur : Je n’ai pas le droit de lui parler… et ça ne va pas résoudre votre problème de mouches.
moi : Je m’en fous, je vais aller acheter un insecticide ultra-puissant et ce sera de la faute de votre patron si je me nique la santé et la planète avec.
le vendeur : Mon patron est aussi patron du laboratoire pharmaceutique qui produit les médicaments contre l’empoisonnement aux insecticides… et il a aussi été élu patron éco-responsable de l’année. Dans tous les cas, vous êtes niqué.
moi : Je ne me laisserai pas faire, dussé-je les gober, les mouches, ou les attraper avec du vinaigre !
le vendeur : Du vinaigre, ça j’ai ! D’ailleurs, cette semaine, la troisième bouteille est gratuite si vous achetez ce paillasson en teck.

 

#46 – juin 2016 - MOUCHE
Un matin, en pleine écriture. Impossible de trouver une fin à cette nouvelle chanson, aucune bonne idée. Tout à coup, une mouche.
elle : bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
moi : Ah non, casse-toi.
elle : bzzz bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
moi : Putain, barre-toi la mouche, la fenêtre est grande ouverte !
elle, tapant dans la vitre : bzzz poc bzzz poc bzzz poc
moi : Si tu refuses de vivre, je t’éclate.
elle : bzzz poc bzzz poc
coup de torchon à côté
moi : Putain !
elle : BZZZ BZZZ BZZZ
deuxième coup de torchon à côté
moi : Putain de ta race, arrête de bouger !
elle : BZZZ BZZZ BZZZ poc bzz poc
tout à coup, elle se pose sur un rideau
moi : Ah non, je vais pas t’éclater sur le rideau, c’est crade. Pose-toi sur le mur.
elle : Au chaudron des douleurs, chacun porte son écuelle.
moi : Quoi ?
elle : Une justice inspirée par la pitié porte préjudice aux victimes.
moi : La victime c’est toi dans 5 secondes.
elle : Le bourreau porte généralement un masque : celui de la justice.
moi : Ok, tant pis, je t’éclate sur le rideau.
J’éclate la mouche sur le rideau, ça fait une grosse trace noire et un liquide blanchâtre sorti de son abdomen gicle sur le mur.
moi : Pouvons-nous vraiment être cette génération qui cherche dans l’univers la moindre trace de vie et en laisse disparaître la forme géante sur Terre ? Serons-nous dans les livres à venir ceux qui n’ont pas empêché les massacres ? Voilà comment il faut conclure cette chanson…

 

# 45 – mai 2016 – UEFA EURO 2016
Dans un café, au comptoir.
lui : C’est calme.
moi : C’est vrai.
lui : Pour le moment…
moi : Pourquoi dites-vous ça ?
lui : Bientôt, tout le monde ne parlera plus que de l’Euro.
moi : On en parle déjà beaucoup, de l’Euro, de la Grèce…
lui : Voyons, la Grèce n’est pas de la partie !
moi : Ah si, la Grèce en est ! Ce sont les britanniques qui n’en sont pas.
lui : Vous rigolez ? Il y a le Pays de Galles, l’Irlande du Nord, l’Irlande du Sud et l’Angleterre !
moi : Vous, vous êtes contre l’Euro ?
lui : Je trouve qu’on en parle beaucoup trop.
moi : C’est important quand même.
lui : L’Euro, d’accord, mais pas chez moi.
moi : L’Euro vous arrange bien mais vous ne voulez pas des inconvénients qui vont avec ?
lui : Vous voyez pas le bordel que ça créée ? Et le fric que ça coûte ?
moi : Il paraît que ça nous rapporte beaucoup également !
lui : Mouais… de toute manière, la France va rapidement se faire sortir de l’Euro.
moi : Vous croyez ?
lui : En tout cas, le 10 juillet ce sera terminé, fini l’Euro !
moi : Comment ça ?
lui : Au Stade de France, à Saint Denis.
moi : Un nouvel attentat ?
lui : Comment ça un attentat ?
moi : C’est vous qui me parlez d’un attentat…
lui : Je crois que cette conversation ne nous mènera nulle part.
moi : C’est malheureusement souvent le cas des débats d’idées…
lui : Franchement, l’Euro, à quoi ça sert à part s’engueuler avec des inconnus ?
moi : Je crois au contraire que ça rapproche les peuples, que ça évite des guerres…
lui : J’aimerais bien voir ça…
moi : Moi aussi.

 

#44 – avril 2016 – CHIPS
Enfant, j’avais un appareil à cassette qui permettait l’enregistrement. Nous passions des heures à rire comme des baleines en nous réécoutant. A chaque fois, j’avais cette impression étonnante d’avoir une voix de tomate.
J’ai bien saisi depuis que nous entendions notre propre voix de manière déformée par la propagation des ondes à travers nos tissus et nos os. Mais pourquoi l’enfant que j’étais associait l’écoute de sa voix à une tomate ?
Aujourd’hui, j’ai accepté ma voix, j’ai appris à la connaître. Plus d’impression de tomate. Aucune autre association d’idées d’ailleurs. J’en ai discuté avec une collègue chanteuse qui m’a avoué qu’enfant elle trouvait qu’elle avait une voix de chips. Je lui ai dit qu’elle allait faire un carton, que je lui souhaitais autant de succès qu’un paquet de chips à l’apéro. Quand elle s’est mise à chanter, avec une voix chaude et veloutée, je me suis dit que les chanteurs étaient les plus mal placés pour définir leur propre voix.
Dans quel affreux paradoxe sombre ma profession en cherchant à s’auto-apprécier ? Dans quel sournois gouffre psychiatrique nous laissons-nous choir lorsque nous parlons de nos propres sensations vocales à un journaliste ? Tom Waits enfant était-il persuadé d’avoir une voix de crêpe Suzette, Alain Souchon une voix de côte à l’os et Philippe Jaroussky une voix de Paris-Brest ?

 

# 43 – mars 2016 – BAGUETTING
Dans une boulangerie.
Une cliente : Est-ce qu’il vous reste des traditions ?
La boulangère : Des baguettes traditions ?
La cliente : Oui
Tony Melvil : Non, parce que des traditions, on en a toujours !
La cliente : …
La boulangère : 
Tony Melvil : C’était une blague… à propos du fait que se retrouver dans une boulangerie est déjà une forme de tradition… ici en France… le pays du pain…
La cliente : …
La boulangère : 
Tony Melvil : C’était juste une blague, comme si par exemple vous aviez dit « je voudrais un pain de mie » et que la boulangère vous avait répondu « vous le préférez pas en entier ? »
La cliente : …
La boulangère : …
Tony Melvil : Laissez tomber.
La boulangère : Le pain ? Par terre ?
Tony Melvil : Je crois que la France va mal…
La cliente : Vendez-moi cette baguette, madame. Et vous, monsieur, laissez-moi tranquille.
Tony Melvil : Ne vous énervez pas, madame, si vous aviez ri à ma blague on n’en serait pas là.
La cliente : S’il restait des traditions vous n’auriez pas fait de blague !
La boulangère : Je vous la tranche ?
La cliente : La baguette ?
Tony Melvil : La tradition ?
La cliente : Je croyais qu’il n’y avait plus de tradition !
La boulangère : Il me reste bien quelques miettes…

 

# 42 – février 2016 – TRUMP
Donald Trump : Pan pan
Tony Melvil : Pan panpan
Donald Trump : Peng peng trrrrrrrrr
Barack Obama : No, no, please
Donald Trump : Panpan pan trrrrrr trrrrrrrr
Tony Melvil : Panpan panpan fléchette fléchette
DT : Kalach kalach napalm napalm bombe h bombe h bombe h
TM : Mais il est trop con ce mec il me tire dessus à balles réelles
DT : Alors pédé de français, tu es à court de munition ?
TM : Je pensais que j’étais invité à un débat sur le port d’arme…
DT : Si tu veux, cette semaine, je peux te faire trois avions de chasse pour le prix de deux !
TM : C’est pas un peu dangereux ça, des avions de chasse ?
DT : Mais non, c’est fait pour sauver des vies !
TM : Je préférerais une kalachnikov
DT : Tu me fais pitié l’européen, je t’offre ce bazooka pour que tu puisses te protéger en tournée
TM : Merci ! J’ai juste une question : d’après votre constitution, un Président des Etats-Unis peut-il avoir un prénom de canard ?

 

#41 – janvier 2016 – PÉTITIONS
En 2016, je n’ai plus peur d’affirmer mes idées. Et peu importent les conséquences. Ainsi, pendant l’année civile, à chaque saison, je lancerais une pétition en ligne :
hiver : pétition adressée à Mme la Ministre de la Santé et des Affaires Sociales contre la banalisation des maladies rares
printemps : pétition adressée à M. Le Préfet de la Ville de Paris pour l’interdiction des embouteillages sur le boulevard périphérique impliquant des véhicules de tournée en provenance de Lille
été : pétition adressée à M. le Président de la République Française pour l’interdiction définitive des œuvres de mauvais goût sur le territoire national
automne : pétition adressée à Patrick Bruel, chanteur, pour que la totalité des bénéfices des jeux d’argent en ligne soient réinvestis dans une campagne de sensibilisation aux dangers liés aux jeux d’argent en ligne
Tremblez puissants… j’arrive !

 

#40 – décembre 2015 – ANGLAIS
Discussion avec un musicien de 20 ans.
lui : Alors, comme ça t’es musicien ?
moi : Oui
lui : Pro ?
moi : Oui
lui : Dans quel style ?
moi : Je fais de la chans…, en fait je fais du rock fr… enfin de la pop francoph… euh je chante en m’accompagnant avec mon violon. Et toi ?
lui : Je fais de l’electro, et je chante dessus
moi : Chouette, et tu chantes quoi ?
lui : J’écris mes propres textes en anglais, ça sonne à mort !
moi : Ah oui, c’est bien ; moi je suis nul en anglais, j’ai eu une prof de merde au collège, après j’étais largué. Du coup j’ai un accent vraiment pourri et je comprends à peine les films en VO.
lui : Merde, c’est la loose. Du coup tu chantes en français ?
moi : Oui…
lui : T’es vraiment qu’un ringard, avec le français impossible de faire sonner la zik, ou alors faut vraiment faire du rock musette.
moi : C’est vrai que c’est pas toujours facile
lui : Et puis pour serrer des meufs ça doit être chaud
moi : Je suis marié
lui : Putain, double loose, t’es vraiment qu’une merde mon gars
moi : Non mais mon p’tit gars, je fais de la chanson, française, avec des textes en français, je chante dans ma langue maternelle, j’essaie de dire des trucs intéressants, drôles ou poétiques et je t’emmerde.
lui : Ringard !
moi : Sale jeune !

 

#39 – novembre 2015 – CRISE DU DISQUE
A la fin d’un concert, une dame vient me voir.
- bonjour, c’est pour vous acheter un disque
- mais avec plaisir Madame, le dernier ?
- ça dépend, il est bon ?
- je crois, oui, en tout cas personne ne s’est plaint
- ce n’est pas une preuve
- c’est vrai
- s’il ne me plaît pas, vous me le reprenez ?
- ben… non
- bon, tant pis alors.

 

#38 – octobre 2015 – MONSIEUR XXL
En transit gare de l’Est, direction Vesoul.
Un mec avec une casquette vient m’aborder.
« Salut, moi c’est monsieur XXL et je vais te vendre un disque. Tu es musicien comme moi, tu sais ce que c’est la fraternité alors je vais te vendre mon nouveau disque à 10 €. De la main à la main, j’en ai déjà vendu 20000, je suis carriériste sur le long terme, pas un tocard qui veut faire disque d’or et après plouf basta. Moi, je mène ma barque en solo et je vends plus que les majors, tout seul dans la rue, comme un charognard. »
Je lui ai dit que j’étais désolé, que je n’avais plus que 12,30 € pour m’acheter un sandwich au poulet avec une eau minérale pétillante et un muffin à la myrtille en formule pour 7,90 €, et qu’avec la monnaie il fallait que je m’achète un café allongé sans sucre pour 2,70 €.
Il m’a dit « ok bonne chance » et s’est éloigné, me laissant avec la sensation agréable d’avoir vécu une chouette rencontre.

 

#36 – août 2015 – PIGEON
Dans la vie d’un homme, certaines épreuves peuvent s’avérer fondatrices. On pourrait même les comparer aux rites initiatiques des sociétés anciennes. Ce fut mon cas il y a quelques jours avec l’assemblage d’une cuisine Ikea.
Alors que j’ajustais le dernier tiroir, que je réglais la dernière charnière, que j’apportais la touche finale au chef-d’œuvre, un pigeon est entré dans la pièce. Et pas n’importe quel pigeon, à en croire les deux bagues rouges qui entouraient ses pattes, un 2013  ! (chez le pigeon voyageur, chaque année de naissance a sa couleur)
Armé d’un balai, je tente de faire fuir le volatile de la cuisine flambant neuve. Celui-ci s’envole et vient se poser juste au-dessus du lave-vaisselle intégré. Je tente un nouvel assaut mais le pigeon fuit vers l’évier et dépose une fiente sur une porte de placard. Je vois rouge, je fais tournoyer le balai au-dessus de ma tête. Le pigeon prend peur et bat en retraite dans la salle à manger. Là, j’ouvre les fenêtres, je ferme les portes. Il lui reste la fuite ou la mort  !
Je le savais doué d’un extraordinaire sens de l’orientation, capable de parcourir des centaines de kilomètres et de revenir à son point d’origine. Mais, encerclé, le pigeon est con, son intelligence vaut celle de la mouche. Pris de panique, le pigeon s’envole à nouveau et vient s’éclater dans un grand fracas de plumes contre la seule vitre de la pièce restée fermée. Il tombe à terre, assommé, tente de se relever, boitille, semble désorienté, et guidé par son seul instinct de survie, retourne dans le cuisine, d’où il sort par la baie vitrée pour venir se réfugier au fond du jardin, sous un hortensia.
La journée se termine, le montage de la cuisine est achevé mais l’oiseau est toujours là. La nuit tombe, l’oiseau semble prostré. Le lendemain matin, l’oiseau n’a toujours pas bougé et me regarde, me scrute, me défie. Je décide d’en finir avec cet envahisseur juste après le café. Mais celui-ci semble comprendre mon dessein, s’avance, bondit jusqu’à la gouttière puis, depuis ce perchoir, prend son envol et quitte définitivement mon domaine.
D’où ma question  : le pigeon perd-il ses facultés face à des meubles Ikea  ?

 

#33 – avril 2015 – SANDWICH
En tournée, le pire, c’est les aires d’autoroutes. Éternelle hésitation entre le sandwich triangle et le sandwich pain brioché rappelant vaguement de la vraie baguette… Il y a quelques temps sont apparus les sèche-mains nouvelle génération, et ça a vraiment égayé nos conversations. Quelques mois après, l’effet de surprise passé, la monotonie est réapparue. Heureusement, la semaine dernière, qu’avons-nous découvert quelque part sur l’A71 entre Paris et Clermont-Ferrand  ? Un chauffe-sandwich  ! Merveille de technologie qui après avoir scanné le code barre du sandwich préalablement payé en caisse le réchauffe à la température idéale… Et tout ça, c’est gratuit, merci Vinci  !

 

#30 – janvier 2015 – GILET PARE-BALLES
A la radio, j’ai entendu que depuis les attentats des 7 et 9 janvier, les bons de commande des fabricants de gilets pare-balles avaient explosé. Du coup, je me suis dit  : «  Vite, moi aussi  !  » Je me suis immédiatement connecté sur www.gilet-pare-balles.com pour trouver le numéro de téléphone d’un revendeur près de chez moi :
- Bonjour, je cherche un gilet, que pouvez-vous me proposer  ?
- Nous avons le modèle Discret Premium en promo à 515 €, très compact et comme son nom l’indique, discret.
- Vous n’auriez pas plutôt un modèle fantaisie  ?
- Euh… on a un modèle anti-émeute à 610 €… Mais permettez moi de vous dire, monsieur, que nos gilets sont avant tout destinés à la protection, l’esthétique est secondaire. Par contre, si vous souscrivez à la Protection Or, vous bénéficiez de la réparation ou du remplacement de votre gilet par un neuf en cas d’impact balistique sur celui-ci.
- Oui, j’entends bien, mais permettez-moi quand même de vous conseiller d’élargir votre gamme et de proposer des gilets plus tendance. Prenez l’exemple de Nespresso, pensez-vous qu’ils auraient autant de succès s’ils proposaient uniquement des modèles purement fonctionnels  ?
Un peu déçu, je me suis rabattu sur un attaché-case pare-balles en cuir véritable se dépliant rapidement en deux volets, pour seulement 699 €.

 

#28 – octobre 2014 – PHARMACIEN
Je déteste mon pharmacien  :
«  Bonjour, vous vendez de l’homéopathie  ?  »
«  Vous savez, l’homéopathie, c’est complètement inefficace, mais je veux bien vous en vendre quand même…  »
A la radio, un industriel en armement répond à un journaliste  :
«  Bonjour, si vous vendez des armes, c’est que vous êtes plutôt pour la guerre  ?  »
«  Non, ça n’a rien à voir, je ne suis qu’un industriel qui propose ses services aux états…  »
A la fin d’un concert, une dame vient me voir  :
«  Bonsoir, vous vendez des disques  ?  »
«  Oui, non, enfin ça dépend, c’est pour l’écouter  ?  »

 

#26 –août 2014 – TOURNÉE
Devant chez moi, le facteur  :
- Bonjour, voici votre courrier. Sinon, ça va  ?
- Oui, et vous  ?
- Ben, c’est dur en ce moment, les tournées sont de plus en plus longues.
- Moi c’est l’inverse.
- Ah, vous êtes dans quoi  ?
- La musique.
- J’adore les artistes, Desproges, Mozart, Brassens, ACDC, parce qu’ils créent avec le cœur.
- Vous savez, malheureusement, pas toujours.
- Ah bon. Ben, bonne tournée alors  !
- Pareil.

 

#23 – mai 2014  – MORT ?
L’autre fois, je me balade au marché. Un type m’accoste  :
- Vous connaissez la mort  ?
- Oui, euh, en fait non. Je me sens pas trop concerné.
- Tout le monde est concerné monsieur. Connaissez-vous les directives anticipées  ?
- Euh, l’euthanasie  ? J’avoue que j’y pense pas tous les jours.
- Voulez-vous acheter mon livre «  ne nous laissons pas imposer la souffrance et la déchéance  »  ?
- Pas tout de suite.
- Alors au revoir, et belle mort.
- Belle mort à vous également.

 

#20 – février 2014 – LA BONNE PAIE
L’autre fois, je suis allé chercher mon chèque de paie de fin de mois. Comme il y avait eu beaucoup de concerts ce mois là, la paie était bonne. Le chèque en poche, marchant dans la rue, je me suis senti tout à coup léger, joyeux, heureux. Je me suis aussitôt senti ridicule. Conscient que l’argent est sans nul doute à l’origine de la majorité des maux qui accablent notre société, je m’empare du chèque et le déchire en deux, puis en quatre, puis en huit, puis en seize, puis en trente deux. Immédiatement, j’appelle mon employeur et lui demande si je peux passer récupérer un nouveau chèque parce que j’ai détruit le mien avant de changer d’avis. Il me dit « passe quand tu veux », comme s’il avait anticipé cette situation. Je m’assois sur un banc pour souffler un peu. Je me sens un peu con. Je me sens soulagé aussi. Je me demande si je vaux quelque chose en tant qu’être humain. Peut-être que je vaux au moins le fric que j’ai failli perdre. Je repense à cette phrase de Woody Allen : « L’argent est préférable à la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières ».

 

#17 – octobre 2013 – VESOUL
Vesoul, c’est une chanson de Brel. Vesoul, c’est aussi une ville. Vesoul, c’est un théâtre, c’est un festival de chanson qui porte le nom de l’auteur de la chanson portant le nom de la ville. Vesoul, c’est un concours annuel de jeunes chanteurs. Vesoul, j’y ai eu le premier prix, c’était le 6 octobre. Vesoul, ça fait du bien d’y gagner un prix, prix contenant notamment l’invitation à y rejouer la saison prochaine.
Et là ça se gâte. Non pas que je n’ai pas envie de retourner à Vesoul, au contraire, l’accueil y est parfait et le théâtre très beau. Mais à cause de toutes les blagues qu’on me fait en ce moment : t’as voulu l’avoir Vesoul et tu as eu Vesoul (bof) ; t’as voulu boire Vesoul et tu as bu Vesoul (nul) ; dans le port de Vesoul (très nul). En même temps, ce n’est pas très grave, ça ne durera qu’un temps. Mais pour les habitants de Vesoul, ça doit être l’enfer. Moi qui suis né à Dijon, j’en suis venu à refuser toute conversation ayant le moindre rapport avec la moutarde. J’imagine aisément que les habitants du Mans soient devenus allergiques aux rillettes ou que les originaires de Mexico n’en puissent plus de Luis Mariano. Peut-on détester l’œuvre et apprécier des vacances à Capri ou à Alexandrie ?
Par contre, à Vesoul, la blague « j’ai voulu voir ta sœur et j’ai niqué ta mère, comme toujours » ne marche pas du tout.

 

#15 – août 2013 – HAIR FRANCE
Bientôt la reprise, faut que je sois présentable. Je tape « coiffeur près de chez moi » sur mon ordinateur. Le salon qui sort en premier, c’est « Emo-Tifs ». Existe-t-il un lien de corrélation entre la qualité du jeu de mots et celle de la coupe ?
Je tape « jeu de mots coiffeur » et s’ouvre à moi un monde extraordinaire : Univ’Hair, Imagin’Hair, L’envie de Pl’Hair, Dans l’Hair du temps, Jok’Hair et même Adult’Hair, mais aussi Objec’tifs, Alterna’Tifs, Posi’Tif, Abla-Tifs, Admira’Tif, Affirma Tifs, A que Tifs, et encore mieux Faudra Tif Hair, Pour Coiff’Hair, Sup-Hair-Coupe, Racine Carrée, 2 mèches avec vous, Frange’In, 6′Zo, l’Emile et une Coupe, la Raie-Création et mes préférés : Le Barbier de ces Villes (Saint-Étienne) et Hair France (Bruxelles).

 

#14 – juillet 2013 – FILOUTERIE DE CARBURANT
En rentrant d’un concert en trio, après une nuit particulièrement courte, on s’est arrêté sur une aire d’autoroute. L’un a dit : je vais boire un café. L’autre a dit : je vais pisser. Le troisième a dit : je vais faire le plein. Et puis on a repris la route.
En rentrant à Lille, on a fait les comptes de nos frais de tournée. On s’est dit que ce camion de location consommait vraiment peu.
Un mois plus tard, nous avons reçu ce courrier :
« Le présent courrier fait suite à un non paiement de carburant au préjudice de la station service Esso – La Ferté Saint Aubin – Autoroute A71 (26/04/2013 / 13h00 / 84,37 € / Gasoil : 57,83 litres). Sans réponse de votre part avant le 25/06/2013, le responsable de la station déposera plainte auprès des services du Ministère de l’Intérieur pour « filouterie de carburant – délit prévu et réprimé par l’article 313-5 du code pénal, puni de 6 mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. »
Malgré les mots qui blessent, pour ne pas mettre en péril la suite de la tournée, nous avons payé.

 

#12 – avril 2013 – SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON
Il y a quelques semaines, j’ai vendu via ma boutique en ligne un disque à un Monsieur de Saint-Pierre-et-Miquelon. Du coup, je suis allé à La Poste :
- Bonjour, je voudrais envoyer un colis à Saint-Pierre-et-Miquelon
- Pour la France ?
- Non, pour Saint-Pierre-et-Miquelon
- Pour quel pays ?
- La France
- Donc c’est le tarif pour la France
- Je crois pas parce que c’est pour Saint-Pierre-et-Miquelon
- Pour quel pays ?
- La France
Devant tant de complications, j’ai abandonné ma carrière. Après, je me suis dit que c’était con de s’arrêter au premier obstacle, du coup j’ai repris ma carrière. Pour éviter ce genre d’incident, et vu qu’on cherche à simplifier notre administration, ça vaudrait pas le coup de lâcher nos DOM-TOM ?

 

#11 – mars 2013 – ENFER
Retour d’un concert à Angers, un TGV un peu trop matinal me ramène dans le Nord. Marne-la-Vallée Chessy, correspondance pour Lille Europe voie 3.
Alors que je me lève tranquillement de mon siège pour me préparer à descendre du train, je me fais copieusement bousculer par un môme surexcité à l’idée de voir dans quelques minutes ce brave Mickey. Le même môme gueule depuis une heure, sous le regard de parents admiratifs devant tant de joie de vivre. Il paraît qu’il est très mal vu de frapper un enfant en public, je me retiens. Je lui lance un regard noir, lui montre mes canines. Son instinct de survie doit lui indiquer de ne plus emmerder le prédateur potentiel que je suis. Je mets la main sur ma valise restée au niveau des bagages, du lait fraise est soigneusement déversé sur la poignée. Pas le temps d’enquêter pour trouver l’auteur du collant méfait.
Je m’extraie du train. Je respire, enfin… avant de m’apercevoir que sur le quai, ça grouille de gosses et de parents béats qui se bousculent copieusement, surexcités à l’idée de la fabuleuse journée qu’ils vont passer dans le seul parc d’attraction muni d’une gare TGV. Un instant, je m’évade : je tire dans le tas à l’aide de mon étui de guitare bidouillé en mitrailleuse, comme dans le film Desperados avec Antonio Banderas. Qu’ils aillent tous crever en enfer.
Je monte dans le TGV pour Lille Europe, le calme revient… Le train s’éloigne de Marne-la-Vallée, je quitte Mickey, Donald et tous ces excités. La campagne morne et plate défile sous mes yeux, je range mon couteau. Demain, j’irai voir mon agent, faut qu’on reparle de cette histoire de transports.

 

#10 – février 2013 – COMPTABLE
Vu le contexte économique actuel, je me dis souvent que j’aurais dû faire comptable. Socialement, chanteur ça le fait, je dis pas le contraire, mais j’ai l’impression que je pourrais me payer une plus belle guitare en étant comptable. Les pilotes de Formule 1 ne sont pas concernés par ce problème, ils ont du bon matos, eux.

 

#9 – janvier 2013 – VACHES
Un de mes petits plaisirs de la vie consiste à ramasser des petits cailloux et à les lancer sur une vache. La plupart du temps, la bête ne réagit pas, un battement de queue tout au plus. Parfois et c’est là que mon plaisir atteint son paroxysme, la vache s’énerve. Sa nature d’animal apparaît alors au grand jour : qu’elle soit productrice de lait ou de viande, sa fonction l’enferme dans un enclos. Ma nature d’être humain n’en est que sublimée, être libre et supérieur, doué d’intelligence et d’émotions.
Malheureusement, l’hiver, les vaches ne sont pas dans les champs. J’ai bien essayé sur les chiens mais le plaisir procuré est largement moindre, sans parler des problèmes avec les propriétaires. Quelqu’un a-t-il une idée pour que mes hivers soient aussi heureux que mes étés ?

 

#8 – décembre 2012 – LOUP
En cherchant des idées pour une nouvelle chanson qui parle d’un loup, j’ai tapé « Expressions avec le mot loup » sur internet. Je suis tombé sur le site www.forum-chien.com sur lequel doudoune a publié le lundi 11 juin 2007 à 1h41 du matin :
Avoir une faim de loup : Avoir très faim.
Un froid de loup : Un froid très rigoureux.
Être connu comme le loup blanc : Être très connu.
Quand on parle du loup : Personne qui survient au moment où l’on parle d’elle.
Entre chien et loup : Se dit quand on ne distingue plus un chien d’un loup (à la noirceur)
Hurler avec les loups : Se joindre aux autres pour critiquer ou attaquer
Se jeter dans la gueule du loup : S’exposer de sa propre initiative à un grand danger
Moi qui n’aime ni les forums ni les chiens, je me pose sérieusement la question d’abandonner l’écriture de cette chanson. Que feriez-vous à ma place ?

 

#3 – juin 2012 – VOYEURISME
Mon voisin d’en face me regarde à travers le rideau, il croit que je ne le vois pas. Planqué derrière ma fenêtre depuis un bon quart d’heure, je l’observe. Il est retraité, je suis intermittent du spectacle, étrange scène que cette observation un mardi à 10h15. Pendant que les honnêtes gens travaillent et que les malhonnêtes chôment, nous nous observons. Évidemment, c’est beaucoup plus sain de mon côté, je cherche l’inspiration pour mes nouvelles chansons, rien à voir avec du voyeurisme. Je vais essayer de changer de pièce, du premier j’aurais un meilleur angle. Tiens, il a changé sa télé de place ?